En Novembre 2017, on m’a découvert deux boules dans le même sein. Un double cancer. L’annonce de la maladie a été d’autant plus angoissante que j’étais loin de ma famille et de mon pays. Originaire de Trieste, en Italie, cela faisait alors quatre ans que je vivais en France avec mon compagnon. Une mastectomie a été programmée immédiatement, et je ne devais rester que deux jours à l’hôpital, mais catastrophe ! À la suite d’une hémorragie, il a fallu me réopérer en urgence. La veille de mon 38ème anniversaire. Psychologiquement, cette intervention a été très dure à accepter. Cette fois, heureusement, tout s’est bien déroulé. Le lendemain matin, j’ai entendu un « toc toc » à la porte. J’ai pensé que c’était pour un soin et c’était effectivement les infirmières, mais elles étaient là pour me souhaiter en chœur un joyeux anniversaire ! Elles m’apportaient aussi un croissant, des chocolats et surtout un petit cadeau totalement inattendu : une figurine de super-héroïne Marvel, celle de Jean Grey surnommée Le Phénix. Je ne m’y attendais tellement pas ! Je me suis mise à pleurer.
Comme les super-héros, je me sens différente
Je ne suis pas fan des comics Marvel mais en tant que docteure en anthropologie religieuse, j’ai beaucoup étudié les symboles. La figure du Phénix qui renaît de ses cendres après sa mort est un superpouvoir ! Forcément, il m’a parlé. Cette poupée en position d’attaque représente la femme forte, courageuse que j’avais besoin de devenir pour affronter la maladie. Car même entourée, on se sent toujours seule sur la table d’opération, ou quand il faut parler aux médecins. Les super-héros se sentent aussi à part parce que différents. C’est ce que je ressens encore aujourd’hui : je porte une prothèse, j’ai des cicatrices… Je suis guérie mais je n’en ai pas encore fini avec les suites du cancer. Je suis en train de programmer ma prochaine opération de reconstruction, la cinquième, en cinq ans.
Au fil du temps, j’ai pu constater à quel point l’environnement a changé dans mon centre de soin parisien. Il y a beaucoup moins de soignants, moins d’attention envers les patients. Le temps pour un accompagnement psychologique de la personne opérée manque cruellement. Je mesure la chance que j’ai eu d’avoir connu un accompagnement médical exceptionnel en 2017. Il m’en reste ce cadeau. Je l’ai posé à côté de mes livres, dans mon salon, pour toujours l’avoir sous les yeux. Quand je traverse une période difficile, quand je me sens fragile, quand je doute de moi, cette petite poupée me rappelle que j’ai connu bien pire et que je m’en suis sortie. Comme elle, je suis une combattante, pas une victime.
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