En 2017, quand on m’a dit qu’un cancer était logé dans mon sein gauche et qu’il était préférable de faire une mastectomie plutôt qu’une tumorectomie, la décision n’a pas été simple à prendre, mais j’ai fini par accepter cette ablation. S’est alors posée la question de savoir si j’allais faire une reconstruction. , Là encore, j’ai pris le temps d’y réfléchir avant de choisir de rester telle quelle. Je n’ai même pas voulu de prothèse externe. Pourquoi masquer ce qui m’arrivait ? Après tout, je n’avais pas à en avoir honte !
Quand je regardais mon sein droit, je voyais la mort
C’est mon sein droit qui me posait problème. Quand je regardais ma belle et lisse cicatrice à gauche, j’y voyais la vie, le symbole de ce qui m’avait sauvée. Mais quand je regardais mon sein droit, je voyais la mort. Cette anxiété-là ne me quittait pas. Psychologiquement, c’était lourd. Et puis, ce buste asymétrique me gênait pour m’habiller, pour bouger. Je ne me sentais pas bien dans mon corps. Alors, j’ai demandé qu’on me le retire aussi.
On m’a fait faire un test oncogénétique pour savoir si je présentais une mutation du gène BRCA1 ou du BRCA2 (associé à un risque accru de récidive, ndlr). Rien de ce côté-là. J’ai quand même voulu qu’on me retire mon sein droit. Cette décision, je l’ai mûrie pendant presque 2 ans pour être sûre de mon choix. Une psy l’a validé, l’oncologue a suivi. J’en ai pleuré de joie.
Ma chirurgienne m’a fait une cicatrice au cordeau
En octobre 2019, presque 2 ans jour pour jour après ma mastectomie du sein gauche, je me suis réveillée sans sein, avec le sentiment d’être enfin libérée, en paix, en totale harmonie avec mon corps et ma tête. Ma chirurgienne m’a fait une cicatrice au cordeau, sans bosse, ni excès de chair. Un geste précis, très esthétique. Je voulais un joli plat, j’aime dire un plat « aérodynamique », et elle a parfaitement répondu à mon désir. Dès le lendemain de l’opération, j’ai commencé à prendre soin de ma cicatrice. Je n’ai pas eu peur de la toucher, de la caresser.
Résumer la féminité à nos seins, c’est nous réduire à un symbole sexuel
Une fois qu’elle a cicatrisée, je l’ai massée quotidiennement avec une crème, pour l’hydrater, l’assouplir. Même si parfois c’est douloureux, on apprend ainsi à l’apprivoiser, à l’aimer surtout ! Ainsi, quand la personne qui partage ta vie vient poser sa main là, tu n’as pas peur. Je ne me sens pas moins féminine. Au contraire ! À la plage, je suis en monokini et, jamais, je n’ai eu de regard choqué ou malveillant. Si je me sens bien dans ma peau, c’est parce que je me sens libre. La féminité ne se résume pas à nos seins -c’est nous réduire à un symbole sexuel ! Pour moi, elle est dans le sourire, une allure, une gestuelle, une voix. C’est une façon d’être.
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Propos recueillis par Sandrine Mouchet